Une récente étude finlandaise, The Impacts of Guaranteed Basic Income on Crime Perpetration and Victimization, menée sur 2 000 chômeurs finlandais recevant un revenu de base inconditionnel de 560€/mois durant deux ans, suggère que ces revenus n’ont pas eu d’impact sur la perpétration ou la victimisation criminelle. Comment expliquer cette absence d’impact, quand la littérature montre souvent un lien fort entre pauvreté et délinquance ? Les intervalles de confiance (hors réductions de 5 % ou plus) renforcent-ils l’idée que l’argent seul ne « résout » pas le problème ?
Ces études sont fréquentes, surtout dans les pays nordiques, aux données administratives
exhaustives et méticuleuses. Si précises et documentées soient elles,
ces analyses ont pour commun destin de ne jamais servir à rien. Émanant d’obscurs
chercheurs, elles sont éliminées, sitôt arrivées aux médias d’information, car
contrariant les deux inébranlables piliers idéologiques de TOUS ces médias :
a) l’insécurité n’est qu’un sentiment,
b) la seule origine du crime est la misère sociale. C’est si bien un réflexe conditionné que leur plus minime mise en doute, fût-elle contresignée par vingt Prix Nobel, déclenche illico le rejet. Et les dirigeants politiques ? Évoluant de longue date dans une commune « infosphère » avec les journalistes, ce symbiotique pouvoir de faire et de dire, comparses, privilégiés, amants et maitresses, ne contrariera jamais ce douillet entre-soi. Donc cette étude, comme toutes autres faites en Europe, n’a nulle chance, jamais, de servir à un présent dirigeant politique, à refonder une politique de sécurité réaliste. Peu avant la Révolution, Emmanuel-Joseph Sieyès pouvait encore s’exclamer « Ne perdez pas votre temps à discuter avec ces sortes de gens. On ne les persuade point ; livrez- les au fouet des événements pour toute réponse ». Aujourd’hui, le « fouet des événements » – sauf cataclysme – est inopérant sur l’infosphère.
Cet essai randomisé grandeur nature, comparant les bénéficiaires à 173 000 témoins sous filet social classique, use de données administratives précises (rapports de police, jugements).
Quels sont les atouts de cette approche par rapport aux études corrélatives habituelles ? Et si l’on transpose cela au contexte français, avec nos RMI et RSA, cela infirmerait- il définitivement le rôle causal majeur de la précarité dans l’insécurité ?
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