PARFOIS longtemps, l’homme titube de confusion en incompréhension ; or soudain, émergent ces « signes annonçant quelque chose, en marche » et le réel fulgure, dit Friedrich Hegel dans sa splendide préface à la « Phénoménologie de l’esprit » : là, le « lever du soleil, en un éclair, dessine d’un seul coup la forme du nouveau monde ». À Iéna, le 14 octobre 1806, c’est cela qu’éprouve le philosophe, alors que l’Empereur écrase l’armée prussienne.
Bientôt deux cent-vingt ans plus tard, le cas est certes moins glorieux. Mais tout aussi
sûrement, l’extravagant braquage du Louvre avère aussi, en un éclair, tout ce qu’on redoutait
ou supposait de l’impéritie sécuritaire macroniste.
Servilité médiatique… Suffocant mépris de la caste néo-libérale pour la sécurité des Français et de leurs trésors nationaux… Courtisans promus aux plus éminentes fonctions, hors toute compétence et goût du service public… Dès sa déposition au Sénat, la morgue et l’arrogance de Mme la présidente du Musée du Louvre puaient quand même fort 1785. Or trois semaines plus tard, ce qu’on sait de l’affaire la rend toujours plus sinistrement révélatrice.
Du coeur même de l’État – Sénat et Cour des comptes – cascadent les révélations au quotidien ; confirmant que, dans le plus grand musée du monde, chaque année visité par neuf millions d’amateurs de grandes oeuvres, la sécurité était nulle et que – hors du déclaratif, dans la réalité concrète – la macronie des sommets s’en foutait. Un sénateur fustige une « sécurité non conforme à ce qu’on attend d’un musée ». Qu’on en juge :
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