1- Donald Trump utilise les outils militaires, judiciaires et financiers pour détruire les cartels de la drogue. Comment évaluer l’efficacité des efforts actuels D. Trump pour affaiblir les cartels, comme celui de Sinaloa, notamment ses figures clés comme « El Mayo » Zambada qui va coopérer avec la justice ? Les moyens mis en oeuvre par les Etats-Unis dans la guerre contre la drogue sont-ils hors du commun à l’échelle planétaire ?
D’abord, retour aux fondamental. Surtout sous sa forme achevée américaine, le capitalisme « a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité traditionnelle, dans les eaux glacées du calcul égoïste ». (Karl Marx, Manifeste du parti communiste). Ainsi, dès l’origine, ce pays n’a pas de politique étrangère, comme les pays d’Europe en ont une. Preuve : à Washington, pas de ministère des affaires étrangères, ou aux relations extérieures, mais un prudent « Secrétariat d’État » terme qui, comme tel, n’a pas grand sens. Le « calcul égoïste » est que toute action extérieure des États-Unis vise à impressionner favorablement l’électorat du président en cours et à renforcer sa position sur le seul marché qui, séculairement, importe à Washington : celui de l’énergie.
L’Amérique-MAGA est ravagée par la drogue ? Elle en a assez des migrants ? Secouons un bon coup le Venezuela de Maduro ; pays qui – amusante coïncidence – a de phénoménales réserves d’hydrocarbures. Le coup d’avant, c’était Saddam Hussein et l’Irak, plein de pétrole aussi. Prétexte-Maduro : il serait le chef secret d’un (fantasmatique) cartel ; la fois précédente, Saddam Hussein avait « la quatrième armée du monde » et concoctait la bombe atomique. Ceux qui manigancent tout ça, à la CIA ou ailleurs, font vraiment dans le classique …
2 – L’envoi de navires de guerre américains dans les Caraïbes et l’escalade avec le Venezuela
témoignent d’une militarisation croissante de la lutte contre les cartels. Quel impact cette
militarisation aurait-elle sur la guerre contre les drogues en Amérique latine ?
Comme dit plus haut, cette histoire de cartels relève du pur prétexte – d’autant que s’il y a de mégaentités criminelles au Mexique, en Colombie et au Brésil, on n’a pour l’essentiel que les métastases des susdits partout ailleurs en Amérique latine – Venezuela inclus. Au Brésil justement, l’armée fut quelquefois envoyée dans les favelas ; la Sicile, idem dans les aires mafieuses : ça ne marche JAMAIS.
Une armée est faite pour combattre une autre armée ; c’est déjà moins bon contre une milice ethnique ou une guérilla rurale ; exception, la victoire tactique des paras du gal. Massu dans la bataille d’Alger, un soulèvement urbain ; mais sans effet sur le résultat final de cette guerre. Contre un ennemi secret, clandestin, noyé dans une population qu’il intimide, terrifie ou soudoie, c’est vraiment efficacité zéro. Allez donc repérer un mafieux depuis la tourelle d’un tank… Une fois pour toute, l’armée n’est pas conçue pour le maintien de l’ordre.
Un moment, dans l’histoire agitée de l’Albanie, des soldats de l’UE durent s’installer vers Durres, sur la côte albanaise, pour y calmer le jeu. À son retour, l’officier français commandant sur place me confia, effaré, que localement, le maire, le patron de la police et le chef de la famille mafieuse du coin étaient un seul et même homme… On est loin de ce qu’on apprend à Saint-Cyr-Coëtquidan…
