1 – « Les galets, au fond de la rivière » – Religion de 90% des 90 millions d’iraniens et de 70% des 48 millions d’irakiens, le chi’isme duodécimain baigne d’origine dans l’ésotérisme et le mysticisme. Fondateur de l’Iran islamique, l’imam Khomeini fut un grand maître d' »Irfan », le soufisme chi’ite. Or dans une telle théocratie – surtout dans la répression ou la guerre – pouvoir apparent et souverain réel peuvent diverger. Un millénaire durant, dans les califats sunnites, les chi’ites subirent de terribles persécutions et inventèrent pour survivre des formes extrêmes de dissimulation-négation ; « takiya » étant la plus notoire. Déjà sous Ronald Reagan, dans l’affaire de l' »Irangate », des émissaires de Washington furent parfaitement bernés par leurs interlocuteurs iraniens, en la parole desquels ils avaient naïvement cru.

Dans l’Iran de 2026, il est ainsi douteux, pour le dire gentiment, que l’élimination de figures du pouvoir VISIBLE décapite un régime fondé sur de séculaires réflexes et tout entier issu – seul au monde avec celui de la Chine communiste – d’une longue lutte clandestine armée. Récemment encore, une discrète éminence des Gardiens de la révolution souriait des efforts américains – vains selon lui – pour les décapiter ; usant pour cela d’une image « Nous sommes, disait-il, les galets du fond de la rivière ; audessus de nous, l’eau, tourbillonne, mais nous sommes toujours là, au fond – et nous pesons lourd ».

La machine de guerre israélo-américaine peut-elle anéantir ces « galets » si bien immergés ? Lucidement, ce n’est pas sûr. Car cette machine a un second souci – peut-être pire encore.

2 – Maktab : la pyramide et le système solaire – Chef des forces spéciales américaines durant l’aventure irakienne (« Joint special operations command in Iraq ») le général Stanley McChrystal pilote l’élimination d’Abou Musab al-Zarqawi, le 7 juin 2006. Voulant alors comprendre comment opère « al-Qaïda en Irak », il flaire de l’inhabituel dans sa structuration – inhabituel bien sûr, par rapport à ce qu’il juge être la norme d’un groupe terroriste – exemple, l’IRA. Pour lui, le groupe-Zarqawi est « moins un réseau combattant hiérarchique, qu’une constellation de guerriers, fonctionnant par observance de leurs relations et réputations. Au centre, Zarqawi. Quand il devient chef d’al-Qaïda en Irak, il continue à commander comme ça ».

Fine observation empirique. Sans le savoir, Mc Chrystal révèle le dispositif maktabi, de Maktab, école ancestrale où s’apprend le Coran et des rudiments de lecture-écriture. Plus largement, maktab est aujourd’hui un mode associatif à but d’étude ; ou d’exercice d’une autorité ou d’un pouvoir. Chez les chi’ites, maktab est le « système d’opération » des centres spirituels de Nadjaf et Kerbela, en Irak ; Qom et Meched en Iran, etc. Maktab structure le Hezbollah du Liban, l’état-major des Pasdaran d’Iran, etc. Informel, personnalisé, issu des mosquées et Husseiniyeh (locaux communautaires chi’ites), maktab confère une forte capacité de résistance aux pressions extérieures et interférences hostiles. Les décisions y émanent d’invisibles hiérarchies internes, sans influence extérieure ni publicité.

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