ON PEUT sans fin s’indigner de voir des enseignants poignardés à mort ou égorgés ; des centre-ville, désormais, ravagés ou incendiés ; Grenoble, Marseille, Nantes (parmi d’autres) devenir des champs de tir. C’est stérile : en défoulant les indignés, cela prolonge même le système pervers coupable du présent chaos.
Ou bien, on peut tenter de diagnostiquer, ce que je fais ici.
Le désordre mondial des trois dernières décennies, la révolution numérique, ont provoqué la mutation des doctrines politiques de la Guerre froide. Comme le cinéma génère alors des clowns cruels, le libéralisme et le conservatisme ont vu surgir leurs doubles terrifiants : néo-conservatisme aux États-Unis, néolibéralisme en Europe.
L’incarnation du néolibéralisme en France, c’est Macron et le macronisme ; en Grande-Bretagne, le « conservatisme » de Liz Truss, tout comme le « travaillisme » de Keir Starmer – deux faces de la pièce néolibérale. À Londres, cette doctrine a récemment suscité un livre éclairant « The invisible doctrine : the secret story of neoliberalism » (Penguin). On y lit ceci : » Le néolibéralisme … est une bombe à neutrons politique. Les structures extérieures de la politique – élections, parlements – subsistent, mais suite à l’irradiation des forces du marché, il reste peu de pouvoir politique derrière ces façades. Le pouvoir réel se déplace vers d’autres forums, inaccessibles aux citoyens ordinaires »… Résultat ? « L’écrasement du choix politique »
Ce livre dévoile la volonté fanatique des néolibéraux de démanteler l’État-nation et de lui substituer un anomique État-marché, où tout le régalien est massacré au profit d’une idéale et libertarienne fluidité. La feuille de route du renard dans le poulailler.
