« Je me rendis chez Sa Majesté : introduit dans une des chambres qui précédaient celle du roi, je ne trouvai personne ; je m’assis dans un coin et j’attendis. Tout à coup une porte s’ouvre ; entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît ».
Chateaubriand « Les mémoires d’outre-tombe »
C’EST alors la dernière année de la présidence Sarkozy. Arrivent à l’Élysée deux familiers du Palais : un éminent personnage, durablement en charge du nucléaire français, venu pour une réunion confidentielle sur ce thème et une dame que sa qualité autorise à prendre les notes d’une telle séance. Gravi le perron, ils empruntent, à gauche, le grand escalier vers le premier étage ; une première volée de marches, puis une autre, plus longue et abrupte, vers un palier carré où s’ouvrent des portes : les bureaux du Président, du secrétaire général,
Montant sans hâte, ces deux invités sont dépassés, quatre à quatre, par un petit bonhomme, qui attend sur le palier que les arrivants voient la suite. Il file alors sans s’annoncer dans le bureau de la secrétaire de M. Guéant, face au grand escalier ; puis ressort du bureau-même du secrétaire général, bouteille de champagne embuée à la main, trois flutes dans l’autre. Enfin, goguenard, en mode « vous avez vu ? Je suis chez moi », le ludion convie les arrivants à trinquer avec lui. Effarés, muets, ceux-ci lui tournent le dos. Venu les conduire à la réunion, un arrivant dissipe leur gêne.
Le ludion bondissant, c’est M. Djouhri, en un quart de siècle passé sans coup férir du banditisme (deux balles de 11,43 dans le dos par des tueurs à moto, en avril 1986, place du colonel Fabien), aux ors de la République et à l’amitié de hauts personnages, tels MM. Guéant, Villepin et Squarcini (durable patron du Renseignement intérieur). Une masse d’article, quelques livres, instruisent le cas Djouhri ; la violence de ses propos ; sa propension à menacer ; le climat d’affairisme glauque qui toujours l’encercle. En revanche, silence sur les dégâts qu’un tel zigoto peut provoquer au sommet d’un grand groupe industriel ; pire encore, d’un État. C’est là que la criminologie importe ; c’est ce point spécial que nous abordons ici, au-delà du procès intenté à M. Sarkozy dans l’affaire libyenne, et de sa condamnation.
Car autant la logique sous-tendant cette condamnation étonne…
