Avec les récents scandales sanitaires, notamment celui de la viande de cheval, le monde a découvert un nouveau trafic dirigé par le crime organisé, celui de l’alimentaire.

Atlantico : Le scandale de la viande de cheval l’année dernière a mis en lumière une nouvelle forme de trafic, lié à l’alimentation. En quoi notre alimentation devient-elle la cible du crime organisé ?

Xavier Raufer : Comment un événement advient dépend bien sûr d’abord de pourquoi il arrive. C’est donc par cela que je commencerai.
a) En général, le monde criminel ignore la spécialisation : les sciences humaines appellent cela un invariant.
D’usage, les gens honnêtes ont ainsi un métier particulier (coiffeur, banquier, etc.), mais pas les bandits, qui sont des prédateurs opportunistes – les mafieux tout comme les petits voyous ; entre eux, juste une question d’échelle. Hors du jeu de mots, il n’y a donc ni « gastrogangs », ni « éco-mafia » : d’un jour à l’autre et à son choix, tout bandit passe du proxénétisme au racket ; du trafic de stupéfiants à celui de déchets toxiques. Ce, sur la base de calculs type cout/bénéfice, ou du risque émanant de rivaux ou de la police.

b) Demandons-nous donc pourquoi des bandits, qui hier, exploitaient d’autres créneaux criminels, les abandonnent pour la contrefaçon – ici, pour celle de produits alimentaires. Mais méfions-nous du « petit bout de la lorgnette » :
s’obséder sur les seules fraudes alimentaires cache l’essentiel, qui est que les bandits se moquent de ce qu’ils falsifient, aliments aujourd’hui, médicaments ou pièces détachées demain. Ce qu’ils cherchent, c’est le plus d’argent possible et au plus vite – pas d’exercer une industrie X ou Y.

c) Ce qui pousse aujourd’hui les bandits vers de nouveaux centres de profit, dont la contrefaçon alimentaire, c’est le chaos qui, désormais, s’installe sur la planète drogue. En effet, partout sur les gros marchés de stupéfiants (Amérique du Nord, Europe) on constate chez les jeunes usagers une nette baisse de l’usage des drogues illicites (cocaïne, héroïne – cannabis) et l’explosion parallèle du trafic de médicaments utilisés pour se « défoncer » (opioïdes antalgiques, neuroleptiques, anxiolytiques, sédatifs, etc.).
Même en France, l’usage du cannabis diminue chez les jeunes. Une étude de l’OFDT (juin 2013) montre ainsi que pour les 17 ans, l’expérimentation et l’usage régulier du cannabis baissent clairement de 2002 à 2011. D’où, la ruée des bandits les plus lucides et réactifs vers la contrefaçon et la cybercriminalité, notamment. Ceux qui restent sur des marchés déclinants s’entretuent désormais pour tenter d’échapper à la loi des rendements décroissants – voir Marseille.

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